LE CINEMA DE BRUCE LABRUCE

LE CINEMA DE BRUCE LABRUCE

Pour sa deuxième édition le MUFF met le cinéma de Bruce LaBruce à l’honneur. Le choix n’a pas été simple, mais il s’est peu à peu dessiné la forme possible d’une programmation elliptique et complète à la fois. En montrant les deux films emblématiques des débuts du cinéaste, No skin off my Ass et Hustler White, et Ulrike’s Brain de 2017, nous avons choisi de mettre l’accent sur la puissance politique du travail de LaBruce.

Bruce LaBruce est issu du milieu punk 80’s de Toronto : il est le co-fondateur du fanzine punk gay J.D.s,  avec G.B. Jones, réalisatrice, illustratrice et membre du légendaire groupe punk féminin Fifth Column. Ensemble, ils créent le New Lavender Panthers (NLP), collectif informel largement ancré dans la gauche radicale, et publient des zines de 1985 à 1991, pour offrir « aux gamins hardcore du porno soft entre personnes de même sexe ». Cette activité éditoriale a engendré le mouvement queercore.

Dès ses premiers courts métrages en super 8, LaBruce aborde la question de l’homosexualité de façon non conformiste. À la fois pornographiques et romantiques, ses films sont chargés d’un puissant message libertaire.

NO SKIN OFF MY ASS

( 73′ / Canada / 1991 / vostfr )
de Bruce LaBruce
Noir et blanc, tourné en Super 8 gonflé en 16mm / Comédie porno romantique  / avec Bruce LaBruce, Klaus von Buecker & G.B. Jones

Un coiffeur punk et romantique, (LaBruce) rencontre un jeune skinhead sexy dans un parc et lui propose de venir prendre un bain chez lui. Le skin échappe à l’entreprenant coiffeur homosexuel et trouve refuge chez sa soeur, réalisatrice de films lesbiens qui profite d’un casting pour lui faire passer un bout d’essai.

Dans cette fable punk fétiche, semi-remake de That Cold Day in the Park, de Robert Altman (1969),  Bruce LaBruce raconte l’histoire cocasse et décomplexée de l’initiation (homo) sexuelle d’un jeune skin. Avec ce premier long métrage s’esquisse ce qui deviendra le style LaBrucien : sexe explicite et comédie au service d’une vision politique radicale, ici portée par le personnage de la sœur du skinhead, joué par G.B. Jones. « On ne connaissait rien au porno, on voulait juste faire des trucs provocateurs, attaquer frontalement l’homophobie, montrer aux autres punks qu’ils n’étaient pas aussi radicaux qu’ils semblaient l’être. » Bruce LaBruce à propos de No skin off my ass, (Gray, 2009)

No Skin Off My Ass a été diffusé dans de nombreux festivals de films à travers le monde et est rapidement devenu un film culte. La bande originale du film comprend des chansons de plusieurs groupes punk tels que Frightwig et Beefeater. Kurt Cobain a déclaré qu’il s’agissait de son film préféré.

 

HUSTLER WHITE

(80′ / Canada-Allemagne / 1995 / vostfr)
de Bruce LaBruce & Rick Castro
Comédie satirique sulfureuse, post-porn avec Tony Ward & Bruce LaBruce

Arrivé depuis peu à Los Angeles, Jürgen Anger est un écrivain très sûr de lui. Il mène une enquête sur le milieu du proxénétisme gay. Monty Ward, qui se prostitue entre Sunset Boulevard et Santa Monica, roule accidentellement sur le pied d’un de ses collègues, le blessant gravement. Il utilise un vieux tee-shirt pour effacer le sang qui macule la peinture de son véhicule. Jürgen, qui a mis par hasard la main sur ce chiffon, compte le lui rendre mais Monty, se croyant incriminé par la police, s’enfuit. Rattrapé, il comprend enfin les bonnes intentions de Jürgen et se dit prêt à lui révéler tout ce qui pourrait l’intéresser…

Hustler White est une plongée énergique et jubilatoire dans le monde du sexe, de l’argent… et de la romance ! Portrait satirique de la prostitution à Los Angeles, Hustler White est, avec les moyens du bord,  un film d’une grande richesse esthétique, habité par une joie de filmer empruntant avec une même désinvolture aux expérimentaux (la Factory, Kenneth Anger) et aux classiques (Sunset Boulevard).

Travaillant pour la première fois avec de vraies stars du porno, LaBruce qui se qualifie de «pornographe réticent» a tenté de faire un film dénué de toute image de sexe explicite.

 

ULRIKE’S BRAIN

(55′ / Canada-Allemagne / 2017 / vostfr )
Bruce LaBruce
Comédie, essai avec Gertrud Stammheim, Susanne Sachße & Jonathan B. Johnson.

Le docteur Julia Feifer (Susanne Sachße) promène à l’intérieur d’une boîte le cerveau d’Ulrike Meinhof, sauvé par les autorités. Elle communique par télépathie avec l’organe, qui la pousse à vouloir mener une nouvelle révolution féministe. À cette fin, elle cherche le corps féminin idéal pour transplanter le cerveau d’Ulrike. Parallèlement, Detlev Schlesinger, un idéologue d’extrême droite, détient les cendres de Michael Kühnen, l’ancien chef néo-nazi allemand et homosexuel infâme, mort du sida en 1989. Quand les deux monstres de l’extrême gauche et de l’extrême droite se rencontrent, le chaos s’ensuit.

Clin d’oeil aux films de série-B des années 60 tel que On a volé le cerveau d’Hitler (David Bradley, 1968) et Le cerveau qui ne voulait pas mourir (Joseph Green, 1962), Ulrike’s Brain résonne avec Le Raspberry Reich (LaBruce, 2004), comédie pornographique qui met en scène des terroristes sexuels révoltés contre l’hétérocentrisme.