Edito 2017

Le MUFF revient pour une deuxième édition. En 2016, le festival avait saisi comme première impulsion la longue et jolie relation tissée entre l’Embobineuse et le Lausanne Underground Film Festival… Aujourd’hui, le MUFF vole de ses propres ailes et s’interroge.

Oui, «Underground » est un terme qui fait volontiers tiquer. On le sait, de par son utilisation à tout-va, il est devenu un tiroir fourre-tout. Il porte en lui une propension à être récupéré, galvaudé, à servir de vernis «alterno» à des projets qui veulent s’encanailler pour mieux surfer sur un esprit d’insubordination ou de provocation qui attire l’attention..

De facto, au MUFF, passé les émois de la première édition, nous nous sommes demandéEs ce que pouvait signifier d’exhiber ce mot. De nous l’approprier, investi de nos conceptions individuelles et collectives. Nous le faisons comme nous le pouvons, comme nous le voulons, comme nous le croyons, avec ce nous qui s’invente dans son coin. Un coin toujours plus grand qu’il y a de passionnéEs, d’enflamméEs et d’endurance.

Il est d’autres MUFF, à Montréal et à Melbourne, le SDUFF à San Diego, le BUFF à Bangkok et à Boston, le très ancien CUFF à Chicago, etc…
Si existe ici et là cette famille adoptive qui s’accroît parce que vivent ces propositions comme des bouffées de possible, chaque membre se pare de ses attributs propres sur fond d’esprit commun. Depuis plus d’une année, nous proposons une identité d’autant protéiforme qu’elle résulte de la réunion de goûts et d’amours personnelLEs.
Ce «underground», c’est un bout de -UFF. Il affirme l’esprit d’une esthétique surtout peu représentée, qui inscrit notre filiation dans une cascade rhizomique de festivals du même poil sans âge, frontière ni case…Série B, Z et autres lettres, cinéma queer, porno, expérimental, soap… Une esthétique qui s’oppose d’abord à toute hiérarchie de (mauvais) genres, aux jugements de valeur, qui refuse la catégorie et assume l’idée d’impermanence.

Quitte à jeter les yeux dans le vide de ces temps obscurs, c’est cette ligne de crête que nous souhaitons partager. Elle demande de regarder le contexte spécifique lié à la ville que nous habitons, que nous pratiquons et ce qui résiste. Elle traverse les lieux qui nous accueillent, nos imaginaires individuels et collectifs. Elle nous empêche de nous dépolitiser. Elle oblige à l’évolution constante, à la mutation et au questionnement. Elle nous permet de (nous) déranger. Bref le MUFF, sans marcher sur des œufs, nous permet de montrer ce qui prend et trouve grâce à nos yeux. De participer à rendre visible quelque chose quelque part.

Cette année, pour la deuxième édition du MUFF, des films DIY côtoieront des productions plus confortables pour un méchant agrégat de poésie visuelle et sonore, de films cultes à sorcières, de bizarre et d’esprit occulte, de harshnoise, d’art vidéo polonais, de paillettes, de punk, de sale Bruce Labruce et de porno… le tout dans une atmosphère de joyeux bordel, entre Videodrome 2, l’Embobineuse, les Variétés et le Gyptis. Et ce grâce à des partenaires fantastiques et des bénévoles sympas et ivres de sons et d’images, ou autres nourritures essentielles à la vie….et vous.